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Paul Cézanne (19 janvier 1839 - 22 octobre 1906) est un artiste français et un peintre post-impressionniste dont l'œuvre a jeté les bases de la transition entre la conception de la démarche artistique du XIXe siècle et un monde de l'art nouveau et radicalement différent au XXe siècle.

On dit de Cézanne qu'il a jeté un pont entre l'impressionnisme de la fin du XIXe siècle et le nouvel axe de recherche artistique du début du XXe siècle, le cubisme. Les coups de pinceau exploratoires et souvent répétitifs de Cézanne sont très caractéristiques et clairement reconnaissables. Il utilise des plans de couleur et de petits coups de pinceau qui s'accumulent pour former des champs complexes. Les peintures traduisent l'étude intense que Cézanne faisait de ses sujets. Matisse et Picasso auraient tous deux remarqué que Cézanne "est notre père à tous".

Biographie de Paul Cézanne

Paul Cézanne, (né le 19 janvier 1839 à Aix-en-Provence - mort le 22 octobre 1906 à Aix-en-Provence), peintre français, l'un des plus grands post-impressionnistes, dont les œuvres et les idées ont influencé le développement esthétique de nombreux artistes et mouvements artistiques du XXe siècle, notamment le cubisme. L'art de Cézanne, incompris et discrédité par le public pendant la majeure partie de sa vie, s'est développé à partir de l'impressionnisme et a fini par remettre en question toutes les valeurs conventionnelles de la peinture au XIXe siècle en raison de son insistance sur l'expression personnelle et sur l'intégrité de la peinture elle-même, indépendamment du sujet.

La vie et l'œuvre de Paul Cézanne

Cézanne est le fils d'une famille bourgeoise aisée. Il reçoit une éducation classique au Collège Bourbon d'Aix. En 1858, sous la direction de son père, un banquier prospère déterminé à voir son fils embrasser la même profession, Cézanne entre à la faculté de droit de l'Université d'Aix-en-Provence. Il n'a cependant aucun goût pour le droit, ayant décidé très tôt de poursuivre une carrière artistique, et au bout de deux ans, il persuade son père, avec l'appui des supplications de sa mère, de lui permettre d'étudier la peinture à Paris.

Le premier séjour de Cézanne à Paris ne dure que cinq mois. L'instabilité de sa personnalité cède presque immédiatement la place à une grave dépression lorsqu'il constate qu'il n'est pas aussi compétent techniquement que certains des élèves de l'Académie suisse, l'atelier où il a commencé son instruction. Il n'y restera que grâce aux encouragements de l'écrivain Émile Zola, avec lequel il s'était lié d'amitié au Collège Bourbon. De retour à Aix, Cézanne fait une nouvelle tentative pour se contenter de travailler à la banque de son père, mais au bout d'un an, il revient à Paris avec la résolution renforcée d'y rester. Pendant sa période de formation, de 1858 à 1872 environ, Cézanne vit alternativement à Paris et à Aix.

Le début des années 1860 est une période de grande vitalité pour l'activité littéraire et artistique parisienne. Le conflit avait atteint son paroxysme entre les peintres réalistes, menés par Gustave Courbet, et l'Académie des Beaux-Arts officielle, qui rejetait de son exposition annuelle - et donc de l'acceptation publique - toutes les peintures qui n'étaient pas dans les styles académiques néoclassique ou romantique. En 1863, l'empereur Napoléon III décrète l'ouverture d'un Salon des Refusés pour contrer l'agitation croissante dans les cercles artistiques au sujet des peintres refusés par le Salon de l'Académie. Les œuvres des Refusés sont presque universellement dénoncées par la critique - une réaction qui consolide l'esprit révolutionnaire de ces peintres. Cézanne, dont les goûts se sont rapidement éloignés de l'académisme, s'associe aux membres les plus avancés de ce groupe, dont Édouard Manet, Camille Pissarro, Claude Monet, Pierre-Auguste Renoir et Edgar Degas. La plupart de ces artistes n'avaient qu'une vingtaine d'années (comme Cézanne) et étaient en train de former leur style ; ils allaient devenir, à l'exception de Manet, l'école impressionniste. L'ami de Cézanne, Zola, est passionnément dévoué à leur cause, mais l'amitié de Cézanne avec les autres artistes est d'abord inhibée par sa susceptibilité et son impolitesse délibérée, nées d'une extrême timidité et d'une humeur offensée par leurs manières conviviales. Néanmoins, il s'inspire de leur esprit révolutionnaire et cherche à synthétiser les influences de Gustave Courbet, pionnier du traitement non sentimental de sujets banals, et du peintre romantique Eugène Delacroix, dont les compositions, qui privilégient la couleur plutôt que la ligne, impressionnent fortement Cézanne.

C'est à cette époque que Cézanne commence à développer un style violent et sombre ; il peint des scènes aux extrêmes d'ombre et de lumière, avec une liberté et une vigueur remarquable pour l'époque, que l'on peut attribuer à l'influence des compositions tourbillonnantes de Delacroix. Le dynamisme sensible de cette période de jeunesse, avec la fébrilité intérieure qu'il révèle, préfigure les innovations audacieuses du fauvisme et de l'expressionnisme moderne, notamment les œuvres de Maurice de Vlaminck et de Georges Rouault.

Les années impressionnistes de Paul Cézanne

En juillet 1870, lorsque la guerre franco-allemande éclate, Cézanne quitte Paris pour la Provence, notamment pour éviter d'être mobilisé. Il emmène avec lui Marie-Hortense Fiquet, une jeune femme qui est devenue sa maîtresse l'année précédente et qu'il épousera en 1886. Les Cézanne s'installent à l'Estaque, un petit village de la côte sud de la France, non loin de Marseille. C'est là qu'il commence à peindre des paysages, explorant les moyens de représenter fidèlement la nature et d'exprimer en même temps les sentiments qu'elle lui inspire. Il commence à aborder ses sujets à la manière de ses amis impressionnistes ; dans deux paysages de cette époque, Neige à l'Estaque (1870-71) et La halle aux vins (1872), la composition est celle de son style de jeunesse, mais déjà plus disciplinée et plus attentive à la qualité atmosphérique, plutôt que dramatique, de la lumière.

En janvier 1872, Marie-Hortense donne naissance à un fils. Peu après, à l'invitation de Camille Pissarro, Cézanne emmène sa famille vivre à Pontoise, dans la vallée de l'Oise. C'est là et dans la ville voisine d'Auvers qu'il commence sérieusement à apprendre les techniques et les théories de l'impressionnisme auprès de Pissarro, qui, parmi ses amis peintres, est le seul à avoir la patience de lui enseigner malgré sa personnalité difficile. Les deux artistes peignent ensemble par intermittence jusqu'en 1874, emportant leurs toiles dans toute la campagne et peignant en plein air, une technique encore considérée comme radicale. À partir de cette époque, Cézanne se consacre presque exclusivement aux paysages, aux natures mortes et, plus tard, aux portraits. Pissarro persuade Cézanne d'éclaircir ses couleurs et lui montre les avantages de l'utilisation des fragments de couleur et des coups de pinceau courts qui sont la marque des impressionnistes et que Cézanne utilisera régulièrement, bien qu'avec un effet différent, dans ses œuvres ultérieures. Cependant, même sous la direction de Pissarro, Cézanne a peint des tableaux indiquant clairement que sa vision était unique et que son objectif était tout à fait différent de celui des impressionnistes. Bien qu'il utilise les techniques de ces jeunes artistes, il ne partage pas leur souci de mettre en valeur la vision objective présentée par la lumière émanant d'un objet ; ses explorations mettent plutôt l'accent sur la structure sous-jacente des objets qu'il peint. Il composait déjà avec des masses cubiques et des lignes architecturales ; ses traits, contrairement à ceux des impressionnistes, n'étaient pas parsemés de couleurs, mais se complétaient les uns les autres dans une unité chromatique. Son tableau le plus célèbre de cette période, La Maison du Pendu (1873), illustre ces forces à l'œuvre.

En 1874, Cézanne retourne à Paris et participe à la première exposition officielle des impressionnistes. Bien que les peintures que Cézanne expose à cette occasion et lors de la troisième exposition en 1877 soient les plus sévèrement critiquées, il continue à travailler assidûment, retournant périodiquement s'imprégner de la lumière de la Provence. Il fait des séjours à l'Estaque en 1876, et en 1878 à Aix-en-Provence, où il doit subir les insultes de son père tyrannique, dont l'aide financière lui est nécessaire pour survivre car ses toiles ne trouvent toujours pas d'acheteurs. La seule exception à cette absence de mécénat est le connaisseur Victor Chocquet, dont il peint le portrait en 1877. Après la deuxième exposition impressionniste, Cézanne rompt professionnellement avec l'impressionnisme, même s'il continue à entretenir des relations amicales avec "l'humble et colossal Pissarro", avec Monet, "le plus puissant de tous", et avec Renoir, qu'il admire également. Mais, déçu par la réaction du public à ses œuvres, il s'isole de plus en plus, tant à Paris qu'à Aix, et met fin à sa longue amitié avec Zola, tant par méfiance névrotique et jalousie que par déception face à l'écriture "populaire" de Zola, que son caractère antisocial et solitaire jugeait incompréhensible.

Le développement de son style mature

C'est pendant cette période d'isolement, de la fin des années 1870 au début des années 90, que Cézanne développe son style mature. Ses paysages de cette période, tels que La mer à l'Estaque (1878-79), sont peut-être les premiers chefs-d'œuvre du Cézanne de la maturité. Ces paysages contiennent des compositions d'horizontales grandioses et calmes dans lesquelles les traits réguliers de haut en bas créent un effet prismatique net et une mer bleue implacable s'étend largement sur les toiles. Comme tous ses paysages de la maturité, ces peintures ont la qualité excitante et radicalement nouvelle de représenter simultanément l'espace profond et le dessin plat. Cézanne savait comment représenter la solidité et la profondeur ; sa méthode était celle utilisée par les impressionnistes pour indiquer la forme. Selon ses propres termes, "je ne cherche à rendre la perspective que par la couleur". L'intelligence et l'œil du peintre ont su dépouiller ce qui était diffus et superposé dans la vision d'une masse donnée, afin d'en analyser les éléments constitutifs.

Dans de telles œuvres, il choisit de redécouvrir une réalité plus substantielle de formes simples derrière le voile chatoyant des apparences : "Tout dans la nature est modelé d'après la sphère, le cône et le cylindre. On doit apprendre à peindre à partir de ces figures simples". En même temps, ces tableaux présentent des harmonies de couleurs chatoyantes qui peuvent être considérées comme des dessins totalement plats, sans profondeur. D'autres paysages frappants de cette période sont les paysages prismatiques de Gardanne (Gardanne, vers 1885) et la série de compositions monumentales dans lesquelles la montagne Sainte-Victoire près d'Aix devient une présence mythique.

Cézanne utilisera essentiellement la même approche dans ses portraits. Parmi les plus connus, citons Madame Cézanne dans un fauteuil jaune (1890-94), Femme à la cafetière (1890-94) et Les joueurs de cartes (1890-92). Ce dernier tableau dépeint un thème que Cézanne a traité dans cinq versions différentes. À l'exception des joueurs de cartes, dans lesquels la dignité sobre des hommes est bien exprimée, Cézanne ne cherche pas, dans ses portraits, à faire allusion au caractère de son modèle. Dans la plupart des cas, il traite l'arrière-plan avec le même soin que le sujet et déforme souvent violemment la couleur du visage pour le mettre en harmonie avec la composition globale. Cézanne applique également ses principes de représentation à ses extraordinaires natures mortes, dont il a peint plus de 200. Il les organise comme s'il s'agissait de dessins d'architecture, donnant aux objets les plus familiers une signification et une force par l'intensité de la couleur et la simplicité essentielle de la forme.

Plein de l'intensité des sentiments suscités par son environnement, l'art de Cézanne était aussi profondément cérébral, une recherche consciente de solutions intellectuelles aux problèmes de représentation. Bien qu'il ait une grande admiration pour de nombreux autres peintres, il n'est pas d'accord avec les objectifs de tous, sauf lui-même ; les peintres qui racontent des événements, comme les romantiques et les maîtres anciens, et les peintres qui ne représentent que la nature, comme les impressionnistes, lui semblent manquer d'une norme de but que seul son propre art possède. En même temps, il n'était pas un peintre véritablement abstrait, car les idées de structure qu'il souhaitait exprimer concernaient la réalité et non le design. En cela, il a été la principale source d'inspiration des peintres cubistes.

Après la mort de son père en 1886, Cézanne devient financièrement indépendant. Il avait épousé Marie-Hortense six mois plus tôt et, après un an passé à Paris en 1888, Marie-Hortense et leur fils s'y installent définitivement. Cézanne lui-même s'installe alors à Aix, à l'exception de quelques visites dans la capitale, à Fontainebleau, dans le Jura suisse et chez Monet à Giverny, où il rencontre le sculpteur Auguste Rodin. En 1895, le marchand d'art Ambroise Vollard organise la première exposition personnelle de l'œuvre de Cézanne (plus de 100 toiles), mais si de jeunes artistes et quelques amateurs commencent à s'enthousiasmer pour sa peinture, le public reste peu réceptif.

Dernières années de Paul Cézanne

Alors que le XIXe siècle touche à sa fin, l'art de Cézanne gagne en profondeur, en richesse de couleurs concentrées et en habileté de composition. Il se sentait capable de créer une nouvelle vision. De 1890 à 1905, il produit des chefs-d'œuvre, les uns après les autres : 10 variations de la Sainte-Victoire, 3 versions du Garçon au gilet rouge, d'innombrables natures mortes et la série des Baigneuses, dans laquelle il tente de revenir à la tradition classique du nu et d'explorer sa préoccupation pour son effet sculptural par rapport au paysage. Il était obsédé par son travail, qui prenait beaucoup de temps car il peignait lentement.

Cézanne a toujours eu du mal à s'entendre avec les gens et, profondément bouleversé par la mort de sa mère en 1897, il s'éloigne progressivement de sa femme et des amis de sa jeunesse. Au tournant du siècle, sa renommée commence à se répandre et, comme il est rarement vu par quiconque, il devient une sorte de figure légendaire. Il expose au très fréquenté Salon des Indépendants en 1899 et à l'Exposition Universelle de Paris en 1900, et ses œuvres sont enfin recherchées par les galeries. La collection Caillebotte s'ouvre à la Galerie du Luxembourg à Paris avec deux Cézannes. La National Gallery de Berlin achète un paysage dès 1900. Les jeunes artistes l'estiment ; en 1901, le jeune symboliste Maurice Denis peint Hommage à Cézanne, un tableau d'artistes admirant l'une de ses natures mortes.

La dernière période de Cézanne, fruit d'une intense méditation dans la solitude, atteint les sommets du lyrisme, réalisant dans sa révélation de la vie dans la nature ce que seuls les plus grands artistes peuvent atteindre de leur vivant. "Le paysage, disait-il, devient humain, devient un être pensant et vivant en moi. Je ne fais plus qu'un avec mon image.... nous nous fondons dans un chaos irisé." Dans l'apparente immobilité de la campagne provençale, il a trouvé des forces géologiques piégées dans les roches, des sapes puissantes qui courent dans les arbres. En quelques coups de pinceau légers, ce vieil homme malade et misanthrope, enfermé dans son atelier, a su insuffler la vie aux derniers tableaux de la Sainte-Victoire (1898-1902) et aux vues de Château-Noir. Dans le dernier des grands tableaux des Baigneuses (1900-05), il réussit à intégrer des nus monumentaux et un paysage dans sa vision structurelle de la réalité.

Le diabète dont Cézanne souffrait depuis longtemps s'aggrave et, en octobre 1906, il succombe finalement à un rude refroidissement attrapé lors d'un travail dans les champs. Il meurt quelques jours plus tard et est enterré à Aix-en-Provence.

L'héritage de Paul Cézanne

Bien que la sympathie de la critique et l'acceptation du public ne soient venues à Cézanne qu'au cours de la dernière décennie de sa carrière, sa quête de la logique de la structure formelle sous-jacente, au-delà des apparences, a toujours suscité l'admiration de ses collègues. Son espoir de voir ses peintures servir d'enseignement à d'autres artistes s'est concrétisé lorsqu'un certain nombre de peintres importants ont acheté ses œuvres, notamment Paul Gauguin, Pablo Picasso, Pierre Bonnard, Kazimir Malevich, Henri Matisse et Marcel Duchamp. Une rétrospective de ses œuvres (56 tableaux) est organisée en 1907 au Salon d'automne de Paris et remporte un succès considérable. La même année, Picasso crée ses Demoiselles d'Avignon, clairement inspirées par les révolutionnaires Baigneuses de Cézanne (1900-2005). En effet, l'approche intellectuelle de Cézanne sur les questions formelles - en particulier ses explorations spatiales - a jeté les bases des explorations ultérieures de Picasso et d'autres artistes avec le cubisme, tandis que ses recherches sur la couleur et le coup de pinceau ont influencé Matisse et d'autres artistes fauves au cours de la première décennie du siècle.

Au fil des ans, le public a également adopté son œuvre, même si, comme le faisait remarquer son premier biographe, Julius Meier-Graef, en 1904, "à l'exception de Van Gogh, personne dans l'art moderne n'a exigé autant de réceptivité esthétique que Cézanne." Cézanne est aujourd'hui reconnu comme le précurseur le plus important de l'abstraction formelle en peinture du XXe siècle, car il a développé un langage purement pictural qui équilibrait l'analyse avec l'émotion et la structure avec le lyrisme. Picasso a offert l'évaluation la plus succincte du rôle de Cézanne pour les générations suivantes d'artistes, déclarant qu'il était "notre père à tous".

Les tableaux et reproductions de peintures de Paul Cézanne