Sir Lawrence Alma-Tadema, 8 janvier 1836 - 25 juin 1912, était un peintre néerlandais d'origine britannique. Il est né à Dronryp, aux Pays-Bas, a suivi une formation à l'Académie royale d'Anvers, en Belgique, et s'est installé à Londres, en Angleterre, en 1870, où il est resté jusqu'à sa mort en 1891. Peintre de sujets classiques, il est devenu célèbre pour ses représentations de la décadence de l'Empire romain, avec des personnages langoureux dans des intérieurs marbrés ou sur fond de mer et de ciel méditerranéens d'un bleu éclatant. Alma-Tadema était l'un des peintres victoriens les plus populaires. Bien qu'admiré de son vivant pour ses dessins et ses représentations de l'Antiquité classique, son œuvre est tombée dans le discrédit après sa mort et n'a été réévaluée pour son importance dans l'art britannique du XIXe siècle que dans les années 1960.

Biographie

Les premières années

Lourens Alma Tadema est né le 8 janvier 1836 dans le village de Dronryp, en Frise, dans le nord des Pays-Bas. Le nom de famille Tadema est dérivé du nom frison Tade, et Lourens et Alma sont des noms que son parrain lui a donnés. Il est né en 1832, sixième enfant de Pieter Jiltes Tadema (1797-1840), le notaire du village, et de Hinke Dirks Brouwer (c. 1800-1863).  Son père avait trois fils d'une relation précédente. Fils de famille, ses parents perdent leur premier enfant ; le suivant est Atje (c. 1834-1876), la sœur de Lourens pour laquelle il a beaucoup d'affection. En 1838, la famille Tadema s'installe dans la ville voisine de Leeuwarden, où le statut de notaire de Pieter sera plus lucratif. Quand Lourens avait quatre ans, son père est mort, laissant sa mère avec cinq enfants : Lourens, sa sœur et trois garçons du premier mariage de son mari. Sa mère ayant des penchants artistiques, elle décide de donner des cours de dessin à ses enfants. Il a reçu sa première formation artistique d'un maître de dessin local engagé pour enseigner à ses demi-frères plus âgés. En 1851, à l'âge de quinze ans, le garçon a souffert d'une dépression physique et mentale qui a fait dérailler son intention de poursuivre une carrière d'avocat. Après avoir été diagnostiqué comme tuberculeux et avoir reçu une courte espérance de vie, il a été autorisé à passer les derniers jours de sa vie à dessiner et à peindre. Après avoir été laissé à lui-même, il a retrouvé la santé et a décidé de poursuivre une carrière d'artiste.

Belgique

En 1852, il entre à l'Académie royale des arts d'Anvers, où il étudie l'art hollandais et flamand ancien sous la direction de Gustaf Wappers. Pendant les quatre années où il était inscrit à l'Académie royale d'Anvers, Alma-Tadema a remporté plusieurs prix. Avant de quitter l'Académie en 1855, il devient l'assistant du peintre et professeur Louis (Lodewijk) Jan de Taeye, dont il avait apprécié les cours d'histoire et de costume historique. Bien que de Taeye ne soit pas un peintre exceptionnel, Alma-Tadema le respecte - les deux se lient d'amitié et travaillent ensemble pendant trois ans. De Taeye lui a fait découvrir des livres sur la période mérovingienne, et les sujets de ces livres ont influencé son désir de représenter cette époque dans ses propres peintures. Il a été encouragé à représenter l'exactitude dans ses peintures, un trait pour lequel il est devenu célèbre.

En 1858, Alma-Tadema quitta l'atelier de Taeye, retourna à Leeuwarden avant de s'installer à Anvers, où il commença à travailler avec le peintre Baron Jan August Hendrik Leys, dont l'atelier était l'un des plus réputés de la région. En travaillant avec Alma-Tadema, l'artiste réalise sa première œuvre majeure : L'éducation des enfants de Clovis (1861). Cette peinture a fait sensation auprès des critiques et des artistes lorsqu'elle a été exposée au Congrès artistique d'Anvers cette année-là. On dit qu'elle a contribué à sa réputation et à son prestige. Leys, qui a vu la peinture achevée dans l'atelier d'Alma-Tadema, a déclaré qu'il la trouvait meilleure que ce à quoi il s'attendait. Mais il a critiqué le marbre, qu'il a comparé à du fromage. 

Cette critique a conduit Alma-Tadema à améliorer sa technique et à devenir le premier peintre mondial du marbre et du granit bigarré. Malgré la désapprobation de son maître, L'éducation des enfants de Clovis a reçu des critiques élogieuses de la part des critiques et des artistes et a finalement été acheté par le roi Léopold de Belgique. En 1860, il se lie d'amitié avec la famille d'artistes anglo-néerlandaise Dommersen à Utrecht. En 1862, il réalise des dessins au crayon de Mme Cornelia Dommershuizen et de l'un de ses fils, Thomas Hendrik.

Les premières œuvres

Les thèmes mérovingiens sont son sujet de prédilection jusqu'au milieu des années 1860. Cependant, les sujets mérovingiens n'ayant guère d'attrait international, il s'est tourné vers les thèmes de la vie en Égypte ancienne, qui étaient plus populaires. En 1862, Alma-Tadema quitte l'atelier de Leys pour s'établir comme un artiste européen important dans le domaine des sujets classiques. En 1863, la vie personnelle et professionnelle d'Alma-Tadema est bouleversée à jamais : le 3 janvier, sa mère invalide meurt ; le 24 septembre, il épouse Marie-Pauline Gressin-Dumoulin de Boisgirard. On sait peu de choses sur la rencontre d'Alma-Tadema avec Pauline. Elle n'a jamais parlé de Pauline après sa mort en 1869.  Il a peint sa femme dans de nombreuses huiles, bien qu'il n'ait peint son portrait que trois fois, la plus notable étant celle de Mon studio (1867). Le couple a eu trois enfants. Leur fils aîné est mort de la variole alors qu'il n'avait que quelques mois. Leurs deux filles, Laurence (1864-1940) et Anna (1867-1943), avaient toutes deux des penchants artistiques : Laurence en littérature, Anna en art. Ni l'une ni l'autre ne se marieront. 

En 1886, Alma-Tadema et sa nouvelle épouse passent leur lune de miel à Florence, Rome, Naples et Pompéi. C'est sa première visite en Italie et la représentation de la Grèce et de la Rome antiques qui ont suscité son intérêt, en particulier pour la représentation de Rome puisqu'il a trouvé une nouvelle inspiration dans les ruines de Pompéi. 

Au cours de l'été 1864, l'artiste néerlandais Lawrence Alma-Tadema a rencontré Ernest Gambart, l'éditeur de gravures et le marchand d'art le plus influent de l'époque. Gambart a été très impressionné par les joueurs d'échecs égyptiens de Tadema (1865). En 1865, après avoir été fait chevalier de l'Ordre de Léopold, Tadema s'installe à Bruxelles. 

Pauline est morte de la variole à Schaerbeek, en Belgique, le 28 mai 1869, après une longue maladie. Elle était âgée de 32 ans. Sa mort a plongé Tadema dans une profonde tristesse et un grand désespoir. Il a arrêté de peindre pendant près de quatre mois. Sa sœur Artje vivait avec la famille et aidait avec les deux filles alors âgées de cinq et deux ans.  Artje prend la relève comme gouvernante et reste dans la famille jusqu'en 1873, date à laquelle elle se marie.

Tadema lui-même a semblé avoir un problème pendant l'été que les médecins de Bruxelles n'ont pas pu identifier. Gambart lui a recommandé de se rendre en Angleterre pour obtenir un autre avis médical. Peu après son arrivée à Londres en décembre 1869, Alma-Tadema est invité chez Ford Madox Brown. Il y rencontre Laura Theresa Epps, âgée de dix-sept ans, et en tombe amoureux au premier regard.

Départ pour l'Angleterre

Le déclenchement de la guerre franco-prussienne en juillet 1870 incite Alma-Tadema à quitter l'Europe continentale et à s'installer à Londres.  Gambart pensait qu'un déménagement en Angleterre serait avantageux pour la carrière de Whistler et, de plus, il s'était entiché de Laura Epps. En expliquant les raisons de son déménagement, Tadema a simplement noté qu'il avait perdu sa première femme - une Française qu'il avait épousée en 1863 - en 1869. Après avoir pris goût à Londres, la seule ville où mon art avait trouvé des acheteurs, j'ai décidé de quitter l'Europe et d'aller m'installer en Angleterre, où j'ai trouvé un véritable foyer. 

Au début du mois de septembre 1870, avec ses jeunes filles et sa sœur Atje, Alma-Tadema se rend à Londres. L'artiste n'a pas tardé à contacter Laura, et à lui dire qu'il lui donnerait des cours de peinture. Au cours d'un de ces dîners, il a fait une demande en mariage. Comme il a alors trente-quatre ans et que Laura en a dix-huit, son père s'oppose à leur mariage. Le Dr Epps a finalement accepté à la condition qu'ils attendent d'avoir appris à mieux se connaître.  Ils se sont mariés en juillet 1871.  Laura, sous son nom d'épouse, a également acquis une grande réputation en tant qu'artiste. Elle apparaît dans de nombreuses toiles d'Alma-Tadema, une fois les deux époux mariés.  Ce second mariage entre Laura et le poète Théodore fut heureux, bien que le couple soit resté sans enfant. Leur fille Anna est devenue peintre, et leur fils Laurence est devenu romancier. 

En Angleterre, il s'est d'abord appelé Laurence Alma Tadema au lieu de Lourens Alma Tadema, et s'est ensuite appelé Lawrence pour son prénom.  Il a ajouté "van" à son nom de famille, afin qu'il apparaisse au début des catalogues d'exposition plutôt que sous "T". Il n'a pas réellement utilisé le trait d'union pour son nom de famille, mais d'autres l'ont fait et c'est resté la convention depuis lors.

Peintre de l'époque victorienne

 Après son arrivée en Angleterre, où il a passé le reste de sa vie, la carrière d'Alma-Tadema a connu un succès continu. Il est devenu l'un des artistes les plus célèbres et les mieux payés de son époque. En 1871, l'artiste avait rencontré et s'était lié d'amitié avec la plupart des grands peintres préraphaélites, qui ont influencé sa palette, ses teintes et son travail au pinceau. 

En 1872, Alma-Tadema a commencé à numéroter ses œuvres, en plaçant un numéro d'opus sous sa signature et en donnant également des numéros à ses tableaux antérieurs.  Le Portrait d'Artje, peint en 1851, est le numéro I de la série de tableaux. Elle avait deux mois à l'époque. Jackson a achevé Preparations in the Coliseum peu de temps avant sa mort. Le tableau est l'opus CCCCVIII. Le système a empêché la plupart des faux de passer pour des originaux.

En 1873, la reine Victoria en conseil a fait d'Alma-Tadema et de son épouse des Denizens, une désignation spéciale dont ne bénéficient pas la plupart des citoyens non britanniques.  L'année précédente, lui et sa femme avaient fait un voyage en Europe qui avait duré cinq mois et demi et les avait menés à Bruxelles, en Allemagne et en Italie. En Italie, Alma-Tadema a acheté plusieurs photographies des ruines antiques. C'est ainsi qu'a débuté sa grande collection de folios contenant des matériaux d'archives qui seront utilisés plus tard pour de futures peintures.  En janvier 1876, il loue un studio à Rome. En avril, il retourne à Londres avec sa famille, visitant le Salon parisien sur le chemin du retour. À Londres, il rencontre régulièrement son confrère Emil Fuchs.

Parmi ses tableaux les plus importants, citons Une audience chez Agrippa (1876). Un admirateur a proposé de payer une somme importante pour un tableau au thème similaire. Alma-Tadema a simplement retourné l'empereur pour le montrer en train de partir, dans Après l'audience. 

En 1879, Alma-Tadema reçoit sa plus importante récompense personnelle lorsqu'il est nommé académicien royal.  Trois ans après sa mort, une grande rétrospective de son œuvre a été organisée à la Grosvenor Gallery de Londres, comprenant 185 de ses tableaux. 

En 1883, il retourne à Pompéi, où des fouilles ont eu lieu depuis sa dernière visite. Il a passé de nombreuses heures à étudier le site, s'y rendant quotidiennement.  Ces excursions lui ont fourni une grande quantité de matériel sur lequel il a pu s'appuyer pour commencer à apprendre la vie quotidienne romaine. Cependant, il a parfois tellement surchargé ses tableaux d'objets que certains ont dit qu'ils ressemblaient à des catalogues de musée. 

L'une de ses œuvres les plus célèbres est Les Roses d'Héliogabale (1888), qui représente un épisode de la vie de l'empereur romain débauché Elagabalus (Héliogabalus), montre l'empereur en train d'étouffer ses invités lors d'une fête orgiaque. Les fleurs représentées ont été envoyées chaque semaine de la Côte d'Azur au studio londonien de l'artiste pendant l'hiver 1887-1888.

Les tableaux d'Alma-Tadema de cette période comprennent Un paradis terrestre (1891), Rivaux inconscients (1893), Printemps (1894), Le Colisée (1896) et Les thermes de Caracalla (1899). Bien que la popularité d'Alma-Tadema repose sur ses peintures de scènes de l'Antiquité, il a également peint des portraits, des paysages et des aquarelles, et a réalisé lui-même quelques gravures.

Personnalité

Malgré le charme tranquille et l'érudition de ses tableaux, Alma-Tadema a conservé jusqu'à un âge avancé un sens de la malice juvénile. Il était comme un enfant dans son plaisir de faire des blagues et d'avoir des accès soudains de mauvaise humeur, qu'il pouvait tout aussi soudainement dompter avec un sourire engageant.

Dans sa vie personnelle, il était extraverti et avait une personnalité remarquablement chaleureuse. Il avait la plupart des caractéristiques d'un enfant, couplées aux traits d'un adulte mature. Bien que perfectionniste, il est resté un travailleur assidu, bien que quelque peu obsessionnel et pédant. Il était un excellent homme d'affaires et l'un des artistes les plus riches de sa génération. Alma-Tadema était aussi ferme avec son argent qu'avec la qualité de son travail. 

En tant qu'homme, Lawrence Alma-Tadema était corpulent, aimant s'amuser et, malgré son tour de taille, de nature corpulente. Il n'était pas un artiste délicat, mais plutôt un joyeux amateur de vin, de femmes et de fêtes.

Les dernières années

La production d'Alma-Tadema diminue à mesure qu'il vieillit, en partie à cause de problèmes de santé, mais aussi en raison de son obsession pour la décoration de sa nouvelle maison, dans laquelle il s'installe en 1883. Il continue néanmoins à exposer tout au long des années 1880 et au cours de la décennie suivante, recevant au passage un grand nombre de récompenses, dont la médaille d'honneur de l'Exposition universelle de Paris de 1889, l'élection en tant que membre honoraire de l'Académie des arts et des lettres de l'Union européenne.

Il a été fait chevalier d'hommeur en Angleterre en 1899, où il n'était que le huitième artiste du continent à recevoir cet honneur. Non seulement il a participé à l'organisation de la section britannique de l'Exposition universelle de 1900, mais il a également remporté un diplôme du Grand Prix pour deux de ses œuvres exposées. Il a également participé à la préparation de l'exposition universelle de Saint-Louis de 1904, où ses populaires figures de cire ont été bien représentées et bien accueillies.

Pendant cette période, Alma-Tadema a conçu de nombreux costumes pour des pièces de théâtre.  Il élargit également ses horizons artistiques et commence à concevoir des meubles, souvent inspirés de motifs pompéiens ou égyptiens, d'illustrations, de textiles et d'encadrements de tableaux. En 1902, il visite l'Égypte. Cette visite a influencé ses peintures, car il a souvent incorporé certains de ses meubles dans la composition, et il a également utilisé plusieurs de ses propres modèles pour les vêtements de ses sujets féminins. Dans sa dernière période de créativité, Alma-Tadema continue à peindre des sujets tirés de ses œuvres antérieures, comme les Favoris d'argent (1903), qui reprend la formule à succès d'une femme sur une terrasse de marbre surplombant la mer. Après 1903, Alma-Tadema peint moins mais produit encore des tableaux ambitieux comme La découverte de Moïse (1904).

 Le 15 août 1909, à l'âge de cinquante-sept ans, l'épouse d'Alma-Tadema, Laura, décède. Ce veuf éploré n'a survécu que trois ans à sa seconde épouse. Sa dernière grande composition est la Préparation des Jeux au Colisée (1912). En 1912, l'artiste Alma-Tadema est accompagné de sa fille Anna aux thermes de Kaiserhof, à Wiesbaden, en Allemagne, où il subit une intervention chirurgicale pour une ulcération de l'estomac. Charles Dickens est mort le 28 juin 1912, à l'âge de soixante-seize ans. Il a été enterré dans la crypte de la cathédrale Saint-Paul de Londres.

Style

La manière dont Alma-Tadema a peint les fleurs, les textures et les substances dures réfléchissantes, comme les métaux, la poterie et surtout le marbre, est remarquable. Son travail présente une grande partie de la finesse d'exécution et des couleurs brillantes que l'on retrouve chez les anciens maîtres hollandais. Alma-Tadema était surtout préoccupé par l'exactitude architecturale et incluait souvent dans ses œuvres des objets qu'il avait vus dans des musées, comme le British Museum de Londres. Il a également lu de nombreux livres, dont il a tiré de nombreuses images. Il a pris des centaines de photographies de sites antiques en Italie, qu'il a toutes utilisées pour garantir la précision des détails de ses compositions.

Alma-Tadema était un perfectionniste, ce qui se voit clairement dans son travail méticuleux au pinceau.  Il étudiait ses tableaux avec beaucoup d'attention, revenant souvent pour en retravailler certaines parties jusqu'à ce qu'il soit convaincu d'avoir satisfait à ses propres exigences. Une histoire raconte que, lorsque l'une de ses peintures a été rejetée, au lieu de la garder pour lui, il a donné la toile à une servante qui l'a utilisée comme nappe de table. Il était attentif à chaque détail et ligne architecturale de ses tableaux, ainsi qu'aux décors. Pour de nombreux objets de ses tableaux, il a utilisé des fleurs fraîches importées de tout le continent et même d'Afrique, travaillant à la hâte avant que les fleurs ne meurent. L'engagement de l'auteur pour l'exactitude, qui lui a valu la reconnaissance mais aussi des détracteurs.

L'œuvre d'Alma-Tadema est souvent liée à celle des peintres symbolistes européens.  Il peut être cité comme une influence sur des personnalités européennes telles que Gustav Klimt et Fernand Khnopff. 

Réputation

Alma-Tadema était l'un des peintres victoriens les plus populaires. Il fut l'un des peintres les plus prospères de l'ère victorienne, bien qu'il n'ait jamais égalé Edwin Henry Landseer (1802-73). Pendant plus de soixante ans, il a donné à son public exactement ce qu'il voulait : des peintures distinctives et élaborées de belles personnes dans des décors classiques. Ses reconstitutions détaillées de la Rome antique sous un soleil éblouissant, avec des hommes et des femmes langoureux posés contre du marbre blanc, donnaient à son public un aperçu d'un monde qu'il pourrait un jour construire pour lui-même. En 1874, alors que les estampes des autres peintres valaient souvent plus que leurs toiles, les toiles d'Alma-Tadema ont été vendues à Gambart pour 10 000 £. Si les prix se situent généralement entre 2 000 et 3 000 £ dans les années 1880, trois œuvres se sont vendues entre 5 250 et 6 060 £ dans les années 1900. Après la chute des prix de l'époque victorienne au début des années 1920, les prix sont restés bas jusqu'aux années 1960 ; en 1969, le prix de 4 600 £ avait de nouveau été atteint. 

Les dernières années de la vie d'Alma-Tadema ont vu l'émergence de divers mouvements d'avant-garde dans l'art, notamment le post-impressionnisme, le fauvisme, le cubisme et le futurisme, qu'il rejetait tous. John Collier, un élève d'Alma-Tadema, a déclaré qu'"il est impossible de concilier l'art d'Alma-Tadema avec celui de Matisse, Gauguin et Picasso".

Son héritage artistique a été presque perdu. L'opinion publique et artistique devenant de plus en plus cynique quant au potentiel des réalisations humaines, ses peintures sont de plus en plus critiquées.  Ruskin, entre autres, a un jour déclaré que Whistler était le "pire peintre du XIXe siècle", et un critique a fait remarquer que ses peintures étaient "assez dignes d'orner des boîtes de bourbon". Après avoir été brièvement écarté par la critique, il a été relégué dans une relative obscurité pendant de nombreuses années. Ce n'est que dans les années 1960 que l'œuvre d'Alma-Tadema a été réexaminée pour son importance au sein du XIXe siècle, et plus particulièrement, son importance dans l'évolution de l'art anglais. 

Les recherches approfondies d'Alma-Tadema sur l'architecture antique ont conduit les réalisateurs d'Hollywood à l'engager comme conseiller pour des films se déroulant dans le monde antique, tels que Intolérance (1916), Ben Hur (1926), Cleveland (1926) de D. W. Griffith, etc. En fait, Jesse Lasky Jr, le co-scénariste des Dix Commandements, a décrit comment le réalisateur avait l'habitude d'étaler des tirages de tableaux d'Alma-Tadema pour indiquer à ses décorateurs ce qu'il voulait obtenir. En utilisant les peintures d'Alma-Tadema comme source d'inspiration, les directeurs artistiques du film Gladiator, récompensé par un Oscar en 2000, ont pu recréer la Rome antique de manière réaliste. Les peintures du peintre de l'ère victorienne Lawrence Alma-Tadema ont également servi d'inspiration pour la conception du château de Cair Paravel dans le film de 2005 Les Chroniques de Narnia : Le lion, la sorcière et l'armoire.

En 1962, le marchand d'art Robert Isaacson organise la première exposition des œuvres d'Alma-Tadema depuis cinquante ans. À la fin des années 1960, le regain d'intérêt pour la peinture victorienne prend de l'ampleur et de nombreuses expositions sont organisées. Allen Funt, le créateur et animateur de la version américaine de l'émission télévisée Candid Camera, était un collectionneur de tableaux d'Alma-Tadema à une époque où la réputation de l'artiste au XXe siècle était à son nadir. Après que son comptable l'a volé (puis s'est suicidé), Funt a été contraint de vendre sa collection chez Sotheby's à Londres en 1973. A partir de cette vente, l'intérêt du public pour Alma-Tadema a été renouvelé.

 En 1960, la galerie Newman a d'abord essayé de vendre, puis a cédé (également sans succès) l'une de ses œuvres les plus célèbres, The Finding of Moses (1904).  Lorsque le tableau a été vendu aux enchères pour 252 £ en 1960, il n'a pas atteint sa réserve. Cependant, lorsque le tableau a été vendu aux enchères pour 1,75 million de dollars chez Christies à New York en mai 1995, il s'est vendu pour 1,75 million de dollars. En novembre 2010, chez Sotheby's à New York, le tableau a été vendu aux enchères pour 35 922 500 dollars, un prix record non seulement pour une œuvre d'Alma-Tadema mais aussi pour une peinture victorienne. La rencontre d'Antoine et Cléopâtre : 41 av. J.-C. a été vendue dans la même maison de vente aux enchères le 5 mai 2011 pour 29,2 millions de dollars.